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Le Pardon 2019

Pèlerins aux 7 Saints avec le Collectif ESPOIRS

jeudi 31 octobre 2019, par Patrick Salaün

<img378|right>Depuis 1954, le pardon du même nom a changé de visage. De pardon traditionnel breton qu’il était auparavant, il est devenu ce qui a été appelé par la suite « Pèlerinage islamo-chrétien ».

On savait [1] que le hameau était sous le patronage des Sept Dormants d’Éphèse : ces jeunes officiers romains chrétiens furent emmurés vivants pour avoir refusé de sacrifier aux dieux romains et…réveillés deux siècles plus tard ! C’est ce que racontait, en breton, la gwerz [2] de l’histoire du lieu chantée au pardon.

<img377|left>Louis Massignon, universitaire et islamologue, mais surtout chrétien fervent amoureux de l’islam, fit le rapprochement entre cette gwerz et la sourate 18 du Coran dite

des gens de la caverne

, autre version de cette même légende. Comment cette « légende » était-elle arrivée en plein Trégor ? Comment la concordance entre la gwerz transmise oralement de générations en générations de bretons trégorrois, et la sourate des « gens de la caverne » racontant une histoire tout à fait similaire, a-t-elle été possible ?

Ce rapprochement des traditions chrétienne et musulmane, alors que se profilait la guerre d’Algérie, est à l’origine de l’ouverture du pardon des Sept-Saints aux musulmans et, plus largement à tous les humanistes soucieux d’

une paix sereine sur les deux rives de la Méditerranée

. Depuis lors, ce pardon est l’occasion d’une rencontre entre chrétiens et musulmans, priant côte à côte chacun

dans leur langue

, auxquels se joignent d’autres personnes ne se reconnaissant d’aucune religion.
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Cette année, C’est à pieds que certains sont venus à cette rencontre. Ils et elles sont membres du Collectif Espoirs (E.S.P.O.I.R.S : Entraide et Solidarité Pour une Ouverture Inter-Religieuse et Spirituelle) à Lannion, espace de dialogue et de rencontre initié par la communauté musulmane au lendemain de la mort du père Hamel. Le père Hamel était un vieux prêtre catholique normand, assassiné durant l’été 2016 par deux jeunes fanatisés. Pour la première fois dans l’histoire du Pardon des Sept-Saints, des pèlerins arrivaient de la mer.

Le chemin qu’ils ont emprunté est très probablement celui par lequel est arrivée la légende des sept dormants d’Éphèse que raconte la gwerz, et qui nous vient des chrétiens d’Orient. On y trouve en effet d’autres traces de leurs dévotions : la Vierge couchée de la chapelle du Yaudet (qui aurait pris la place de la déesse antique Cybèle) ; la chapelle Sainte-Thècle, du nom d’une jeune chrétienne martyrisée à la fin du 4e siècle. Ces chrétiens, à l’époque, n’auraient-ils pas été de ces marchands ayant emprunté un des chemins du commerce de l’étain entre l’Armorique et le Moyen-Orient ? À l’appui de cette hypothèse, il existerait dans les environs un « champ de l’étain » qu’il reste à localiser… jusqu’aux Sept-Saints et la chapelle construite sur l’ancien dolmen qui abrite les sept statues comme dans une… caverne ! La route empruntée par les huit marcheurs répète donc le chemin qui fut celui de la Gwerz, transmise de générations en générations pour arriver jusqu’à nous !

<doc380|center>C’est au petit matin que nous nous donnons rendez-vous au Yaudet, pour partir « à la fraiche ». Nous sommes deux, puis finalement trois lorsqu’Anne-Marie nous rejoint in extrémis ! Le chemin est vallonné et très beau. Le chant des oiseaux, éblouis de soleil, nous accompagne. Nous parlons beaucoup, comme pour nous donner du courage. Mais surtout pour prendre les nouvelles et les échanger. Quoi de plus naturel quand on retrouve des amis ?

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Nous arrivons à proximité de Lannion et retrouvons une partie de goudron. Pas trop longtemps toutefois car nous sommes tout près de la ville. C’est à la gare que nous retrouverons les amis : Hana et Marie-Pascale, Ilham et Fady. Petite pause pour les marcheurs de départ, et Bertrand nous indique qu’il poursuit quelques temps mais qu’il devra faire demi-tour pour une réunion ce matin là.

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Nous partons, dialoguant sur la route. Les femmes trainent le pas, mais sans doute se passent-elles le mot car, après quelques minutes, elles rattrapent le reste du groupe et le dépassent sans un regard. Y-aurait-il là le signe d’une rivalité venue du fond des âges ? Non, mais plutôt la joie de se retrouver, de faire connaissance pour certaines, et de prendre le pas de l’autre sur une route de terre qui permet de marcher d’une seule ligne. Le sentier est toujours aussi beau dès qu’on s’éloigne de la ville. La verdure nous enveloppe et nous apaise. La chapelle Sainte-Thècle est une autre trace du chemin pris par la légende des Sept-Dormants d’Ephèse. Thècle était une jeune chrétienne des origines du Christianisme, martyrisée pour sa foi au bord de la Méditerranée. Comment se fait-il qu’ici, en Bretagne, on lui voue un culte, si ce n’est par le fait des marins-commerçants qui ont porté sa mémoire jusqu’en terres du Trégor ?
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C’est à proximité de cette chapelle que nous avons rencontré un « messager ». Quelle direction prendre quand on ne connait pas la route, et qu’on cherche sur la carte IGN le GR indiqué ? Passe alors un joggeur avec son chien qui nous lance en courant :

Prenez par là, c’est plus court et très joli !

Mais nous ne l’écoutons pas et poursuivons nos échanges. On s’apprête donc à reprendre la route indiquée, lorsqu’il repasse devant nous et s’arrête pour nous parler :

Ce chemin là n’est pas indiqué sur la carte car c’est une réserve naturelle. Mais allez-y ! Vous verrez qu’il est charmant !

Nous saluons Marie-Pascale qui part retrouver sa famille, et effectivement, cette traversée dans la forêt s’avère magnifique, ponctuée d’ouvertures sur le Léguer qui a gardé une fraicheur et une beauté incomparables, désormais perdues dans la ville. Nous sommes portés par ce paysage et les blagues commencent à fuser, signe que notre groupe se reconnait et se laisse façonner par la route.

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Déjà arrive notre prochaine étape : le moulin de Kerguignou. Nous pensons être bien en avance, c’est-à-dire à l’heure pour notre rendez-vous avec l’ami Mehand. Mais voilà que le sentier semble s’écarter et grimpe vers les hauteurs de la forêt. J’appelle alors Fady pour lui dire :

Nous sommes à peine à 100 mètres du moulin. Nous devrions pouvoir passer…

Demi-tour collectif pour nous aventurer dans la forêt. Mais les chemins se rétrécissent, et la boue forme un obstacle incontournable ! L’avance que nous avions prise fond au soleil de Bretagne. Et peut-être est-ce là une invitation à faire confiance à la route, et non à vouloir, là encore, tout maitriser… Nous retrouvons Mehand, qui nous aura finalement attendus quelques minutes.

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Petite pause pour partager l’eau et les fruits secs. Puis on repart. Les pieds commencent à peser un peu et le corps se rappelle à notre souvenir : nous sommes bien des êtres d’os et de chair, et quand un muscle n’a pas l’habitude d’être ainsi sollicité, il se plaint doucement, puis de plus en plus fort. Le sentier reste beau malgré tout et nous mène à travers champs, jusqu’au château de Tonquédec, encerclé de voitures. On distingue par la porte ancienne quelques personnes en costumes d’époque. Aurions-nous fait un retour en arrière de quelques siècles ?!... La forêt est superbe, et un chemin creux nous surprend, présent là depuis des siècles ! Ses parois de pierres aux côtés n’ont d’égale que sa profondeur. Mais déjà la chapelle Saint-Fiacre nous donne de contempler ses vieilles pierres, entourée de maisons d’époque en pleine restauration. Nos corps se raniment un peu car la pause repas n’est plus très loin. Les amis auront-ils trouvé le point de rendez-vous ? Notre équipe s’étale en une ligne régulière, finalement tous regroupés pour arriver ensemble.

Le chemin le plus court nous était interdit ! À quelques encablures du point de rendez-vous, sachant l’ami Dominique à proximité, je lance un cri de montagnard (expérience qui nous est commune) auquel il me répond aussitôt par le même rugissement : un aigu de démarrage qui sombre aussitôt dans les basses. C’est le Schnakl, du nom de son créateur suisse.

Pause méritée ! Fady s’allonge et goûte au sommeil du marcheur. Anne-Marie dénoue ses chaussures et les enlève pour libérer ses pieds. Hana et Ilham partagent leurs sandwichs respectifs pour nourrir nos hôtes : Jacques et Dominique sont arrivés avec la glacière emplie de boissons et de fruits. Mais ils n’avaient pas compris que chacun apportait son pique-nique. Nos hôtes deviennent à leur tour les nôtres, honorant ainsi la réciprocité de sens de ce beau mot.

Mehand, le plus souple d’entre nous, fait le service des sandwichs préparés et de la boisson. Ilham interroge alors Jacques, et découvre son expérience chinoise et sa grande connaissance du continent asiatique. Nous reprenons la route, mais les pieds sont lourds… Mehand guide la marche, muni d’une carte IGN. Chacun avance à son rythme, selon l’état de fatigue et l’énergie nécessaire à la digestion.

Être pèlerin, c’est assumer son humanité aux petits lieux qui la nourrissent. Et la fatigue, la douleur, la chaleur n’ont d’égales que l’enthousiasme et la joie d’avoir, les premiers, initié cette route de fraternité ! Non les premiers dans le dialogue ! Saint François et le Sultan Al-Malik-Al-Kamil, au XIIIe siècle, l’avaient initiée de belle manière, et beaucoup d’autres après !... Simplement les premiers à avoir relié à pieds l’estuaire du Yaudet à la chapelle des 7 dormants. Quelques siècles avant saint François et le Sultan, des marchands avaient apporté d’Orient cette histoire légendaire, histoire commune aux musulmans et aux chrétiens. C’est cette mémoire commune que Louis Massignon avait voulu honorer en imaginant ces rencontres fraternelles à l’occasion du pardon annuel aux Sept-Saints. C’est cet héritage que l’Association « Sources des Sept Dormants » maintient vivant et actualise chaque année. Pèlerins que nous sommes, nous apportons notre pierre à l’édifice, qui est d’abord une démarche avant d’être une institution… L’Invitation à prendre la route est lancée à qui voudra, demain, continuer d’ouvrir des chemins de dialogue !...

L’issue se rapproche, et nous avançons vers la chapelle des Sept-Saints, empruntant des sentiers parfois centenaires ! Tendus vers le but, nous savourons la joie de ne plus faire qu’un groupe de pèlerins, l’humour ayant contribué à ce que nous soyons unis dans l’effort. Une dernière côte un peu raide, où chacun avance à son rythme.

Et déjà nous entrevoyons l’objectif ! Le « huitième dormant », Roger, gardien du lieu depuis toujours, nous accueille et nous en explique l’importance symbolique. Il nous parle de « sa » chapelle et du pardon qui s’y vit chaque année, et l’on sent l’émotion du passionné colorer ses propos. Il parle aussi de Louis Massignon, lui qui, enfant, l’a rencontré et l’a vu engager cette rencontre annuelle. On sent parfois pointer un peu de regrets, teintés de colère, quand on évoque le climat d’intolérance qui semble parfois prévaloir aujourd’hui.

Le dialogue est plus important !

Arrivés au terme de notre marche, ayant honoré la mémoire des sept qui furent autrefois enfermés pour n’avoir pas renié leur foi, nous pensons chacune et chacun à celles et ceux qui, aujourd’hui, vivent ces persécutions. Comment peut-on encore au XXIe siècle connaitre ces actes d’intolérance ? ! L’humanité semble décidément n’apprendre que sous la contrainte de l’Histoire…

Nous rejoignons le lieu de la conférence où l’on nous accueille avec enthousiasme. Les intervenants prônent la coexistence et le dialogue, tels qu’on peut les vivre lorsqu’on marche côte à côte dans la même direction. L’avenir dira si c’est une manière de vivre le pardon des Sept-Saints, si c’est une manière de se rendre en plein mois de juillet à proximité de Vieux-Marché pour honorer les Saints d’Ephèse. Dans ce cas, il sera utile alors de laisser une trace… Des pierres levées posées sur Terre, pour dire combien l’Humanité a encore de route à faire ! Et dire aussi qu’elle n’est pas seule… sur le chemin !

[/Patrick Salaün/]


[1Depuis une correspondance entre Jean-Marie Luzel et Ernest Renan.

[2Gwerz = complainte, chanson.

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